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Le syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGM) est une réalité médicale sous-diagnostiquée qui touche entre 50 et 70 % des femmes ménopausées. Anciennement appelé atrophie vaginale, ce terme plus large englobe l’ensemble des modifications des organes génitaux et urinaires liées à la carence en œstrogènes.
Contrairement aux bouffées de chaleur qui disparaissent souvent avec le temps, le SGM est une condition chronique et progressive : sans traitement, les symptômes s’aggravent avec les années. Pourtant, plus de la moitié des femmes concernées n’en parlent jamais à leur médecin, par gêne ou parce qu’elles pensent que c’est une fatalité.
Qu’est-ce que le syndrome génito-urinaire de la ménopause ?
Le SGM est défini par l’ensemble des signes et symptômes associés à la diminution des œstrogènes et d’autres hormones sexuelles, affectant les grandes et petites lèvres, le clitoris, le vestibule, l’introïtus, le vagin, l’urètre et la vessie.
La baisse d’œstrogènes entraîne plusieurs modifications structurelles :
- L’épithélium vaginal s’amincit et perd son élasticité
- La lubrification vaginale diminue significativement
- Le pH vaginal augmente (devient moins acide), favorisant les infections
- Les tissus du col vésical et de l’urètre s’atrophient
- La flore vaginale (lactobacilles) se déséquilibre
Le terme SGM, adopté en 2014 par la Société Internationale pour l’Étude de la Santé Sexuelle des Femmes (ISSWSH) et la Société Nord-Américaine de Ménopause (NAMS), remplace l’ancienne terminologie d’«atrophie vaginale» jugée trop réductrice et stigmatisante.
Symptômes du syndrome génito-urinaire de la ménopause
Les manifestations du SGM se regroupent en deux grandes catégories : les symptômes génitaux et les symptômes urinaires.
Symptômes génitaux
- Sécheresse vaginale : sensation de manque de lubrification, au quotidien ou uniquement lors des rapports sexuels
- Brûlures et irritations : sensations désagréables pouvant être permanentes ou déclenchées par certaines activités
- Dyspareunie : douleurs pendant les rapports sexuels, souvent décrites comme une sensation de brûlure, d’écorchure ou de coupure
- Prurit vulvaire : démangeaisons de la vulve
- Spotting post-coïtal : petits saignements après les rapports sexuels dus à la fragilité des muqueuses
- Modifications anatomiques : rétrécissement de l’introïtus, diminution des grandes et petites lèvres, rétraction du capuchon clitoridien
Symptômes urinaires
- Cystites récidivantes : infections urinaires à répétition (plus de 3 par an) sans autre cause identifiée
- Dysurie : difficultés ou douleurs lors de la miction
- Pollakiurie : besoin fréquent d’uriner, y compris la nuit (nycturie)
- Urgenturies : envies soudaines et impérieuses d’uriner
- Incontinence urinaire : par urgence ou à l’effort
Impact sur la sexualité
Le SGM altère significativement la qualité de vie sexuelle. La douleur lors des rapports (dyspareunie) peut conduire à l’évitement de la sexualité, créer des tensions dans le couple et générer une détresse psychologique importante. Contrairement aux idées reçues, les femmes sexuellement actives développent moins souvent un SGM sévère : l’activité sexuelle maintient la vascularisation et l’élasticité vaginale.
Diagnostic du SGM
Le diagnostic du syndrome génito-urinaire de la ménopause est essentiellement clinique : il repose sur l’interrogatoire et l’examen gynécologique. Il n’existe pas de test biologique spécifique.
Examen clinique
Le médecin ou gynécologue recherche à l’examen :
- Paleur et sécheresse des muqueuses vaginales
- Diminution des sécrétions
- Pétéchies (petits points rouges de fragilité vasculaire)
- Réduction de l’élasticité vaginale
- Modifications anatomiques de la vulve
Outils de mesure
Pour objectiver les symptômes, les cliniciens peuvent utiliser :
- L’index de maturité vaginale (IMV) : frottis vaginal qui évalue le degré d’atrophie cellulaire
- Le pH vaginal : un pH supérieur à 5 est évocateur d’atrophie (normal = 3,8-4,5 avant la ménopause)
- Le score de Vaginal Health Index (VHI) : évalue l’élasticité, les sécrétions, le pH, l’aspect des muqueuses et l’humidité
Diagnostics différentiels
Certaines conditions peuvent mimer ou s’associer au SGM :
- Lichen scléreux vulvaire
- Candidose vaginale chronique
- Vaginose bactérienne
- Dermatoses vulvaires
- Prolapsus génital
Un examen clinique minutieux permet généralement de faire la distinction. En cas de doute, une biopsie vulvaire peut être nécessaire.
Traitements locaux du SGM
Les traitements locaux sont la première ligne thérapeutique du SGM. Ils agissent directement sur les tissus affectés avec une absorption systémique minimale, ce qui les rend particulièrement adaptés aux femmes qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas prendre de traitement hormonal systémique.
Lubrifiants et hydratants vaginaux
Ces produits non hormonaux soulagent les symptômes sans traiter la cause :
- Lubrifiants : à utiliser lors des rapports sexuels. Préférer les formules à base d’eau ou de silicone, sans parfum ni glycérine (qui peut favoriser les mycoses). Éviter les lubrifiants à base d’huile avec les préservatifs en latex.
- Hydratants vaginaux : à utiliser 2 à 3 fois par semaine indépendamment des rapports. Ils maintiennent l’hydratation des muqueuses sur la durée. Exemples : Replens, Gynalove, K-Y Silk-E.
Œstrogènes locaux
Les œstrogènes locaux (topiques) sont le traitement de référence du SGM selon les sociétés savantes gynécologiques. Ils restaurent la trophicité des muqueuses et normalisent le pH vaginal.
Les formes disponibles en France :
- Crème vaginale (Trophigil, Colpotrophine) : application quotidienne puis 2 à 3 fois par semaine en entretien
- Ovules : Colpotrophine, Physiogine
- Anneau vaginal : libération continue sur 3 mois (non commercialisé en France, disponible dans d’autres pays)
- Comprimé vaginal : Vagifem (prasterone 6,5 mg, actuellement en ATU en France)
Les œstrogènes locaux à faible dose sont considérés comme sûrs chez la grande majorité des femmes, y compris celles avec antécédents de cancer du sein selon certaines recommandations récentes, sous réserve d’une discussion approfondie avec l’oncologue.
Prasterone (DHEA vaginale)
La prasterone (déhydroépiandrostérone ou DHEA) administrée par voie vaginale est un traitement relativement récent. Elle est convertie localement en œstrogènes et androgènes dans les tissus vaginaux.
Avantages : améliore à la fois les symptômes génitaux et la fonction sexuelle (y compris la libido), avec une absorption systémique très faible. Disponible en France sous le nom commercial Intrarosa (ovules à 6,5 mg).
Ospémifène (SERM oral)
L’ospémifène est un modulateur sélectif des récepteurs aux œstrogènes (SERM) actif par voie orale, qui a une action œstrogénique au niveau vaginal. Alternative pour les femmes qui ne tolèrent pas les traitements topiques. Non disponible en France mais utilisé en Europe du Nord et aux États-Unis.
Traitement hormonal de la ménopause (THS) et SGM
Le traitement hormonal de la ménopause (THS) systémique — par voie orale, transdermique (patch, gel) ou sous-cutanée — traite l’ensemble des symptômes ménopausiques, y compris le SGM. Cependant, certaines femmes traitées par THS systémique continuent de présenter des symptômes génito-urinaires nécessitant un traitement local complémentaire.
Qui peut bénéficier du THS ?
Le THS est particulièrement indiqué quand :
- Le SGM s’accompagne d’autres symptômes ménopausiques (bouffées de chaleur, troubles du sommeil, etc.)
- Les traitements locaux sont insuffisants ou mal tolérés
- La femme n’a pas de contre-indication majeure (antécédent de cancer du sein, thrombose, etc.)
Progestatifs et utérus
Chez les femmes non hystérectomisées, les œstrogènes du THS doivent être associés à un progestatif pour protéger l’endomètre. La progestérone naturelle micronisée (Utrogestan) est aujourd’hui préférée aux progestatifs de synthèse en raison d’un meilleur profil de tolérance (notamment pour le risque mammaire).
Approches complémentaires
Rééducation périnéale
La kinésithérapie périnéale est indiquée en cas de dyspareunie, de vaginisme associé ou d’incontinence urinaire. Elle permet de :
- Améliorer l’élasticité et la sensibilité vaginale
- Traiter les contractures musculaires induites par la douleur
- Renforcer le plancher pelvien en cas d’incontinence
Dilatateurs vaginaux
En cas de sténose vaginale (rétrécissement de l’entrée du vagin), l’utilisation progressive de dilatateurs de taille croissante permet de restaurer le calibre vaginal. Ils sont utilisés sous guidance médicale ou en kinésithérapie périnéale.
Laser vaginal et radiofréquence
Le laser CO2 fractionné vaginal et la radiofréquence (Thermiva, Votiva) sont des techniques qui stimulent la production de collagène dans les muqueuses vaginales. Des études montrent une amélioration des symptômes du SGM, mais le niveau de preuve reste limité et ces traitements ne sont pas remboursés en France. Leur place dans la stratégie thérapeutique reste débattue.
Phytoœstrogènes et DHEA orale
Les phytoœstrogènes (isoflavones de soja, trèfle rouge) ont une activité œstrogénique faible. Les données sur leur efficacité dans le SGM sont contradictoires. La DHEA orale n’a pas démontré d’efficacité significative sur les symptômes vaginaux contrairement à la voie vaginale.
Cystites récidivantes et SGM : traitement spécifique
Les infections urinaires récidivantes liées au SGM constituent un problème particulièrement pénible et souvent mal pris en charge. La cause principale est la modification du pH vaginal et la disparition des lactobacilles protecteurs, qui permettent la colonisation de l’urètre par des entérobactéries.
Approche thérapeutique
- Traitement de fond du SGM : les œstrogènes locaux sont le traitement le plus efficace pour réduire la fréquence des cystites récidivantes ménopausiques
- Probiotiques vaginaux à lactobacilles : restaurent la flore protectrice
- D-mannose : prévention des infections à E. coli (données encourageantes mais limitées)
- Canneberge (cranberry) : efficacité modérée selon les méta-analyses récentes
- Antibioprophylaxie : en derniers recours, antibiothérapie préventive à faible dose sur plusieurs mois
Conseils pratiques au quotidien
En complément des traitements, certaines mesures hygiéno-diététiques aident à réduire les symptômes :
- Hygiène intime adaptée : éviter les savons parfumés, les douches vaginales, les lingettes. Utiliser un gel intime au pH acide.
- Vêtements : préférer le coton, éviter les sous-vêtements synthétiques trop serrés
- Activité sexuelle régulière : maintient la vascularisation vaginale (avec lubrifiant si nécessaire)
- Hydratation : boire suffisamment d’eau contribue à la santé des muqueuses
- Éviter le tabac : le tabagisme aggrave l’atrophie muqueuse en réduisant la vascularisation
- Miction après les rapports : prévention des cystites post-coïtales
Quand consulter ?
Il est recommandé de consulter un médecin ou gynécologue si vous présentez :
- Une sécheresse vaginale gênante au quotidien ou lors des rapports
- Des douleurs pendant les rapports sexuels
- Des infections urinaires récidivantes (plus de 2 à 3 par an)
- Des brûlures, démangeaisons ou irritations persistantes
- Des troubles urinaires (fuites, urgences, difficultés à uriner)
N’attendez pas que les symptômes deviennent insupportables : le SGM se traite efficacement, et plus tôt le traitement est instauré, meilleure est la réponse thérapeutique.
Questions fréquentes sur le SGM
Le SGM touche-t-il toutes les femmes ménopausées ?
Non, mais il est très fréquent : 50 à 70 % des femmes développent des symptômes génito-urinaires après la ménopause. La sévérité varie considérablement d’une femme à l’autre.
Le SGM peut-il apparaître avant la ménopause ?
Oui. Une carence en œstrogènes peut survenir lors d’une ménopause précoce, d’une ménopause artificielle (chimiothérapie, radiothérapie pelvienne, ovariectomie), d’une période de grande lactation ou de certains traitements antihormonaux (agonistes GnRH, tamoxifène à certains stades).
Les œstrogènes locaux augmentent-ils le risque de cancer du sein ?
Les données actuelles indiquent que les œstrogènes locaux à faible dose n’augmentent pas significativement le risque de cancer du sein. Cependant, chez les femmes avec antécédent de cancer hormono-dépendant, la décision doit être prise en concertation avec l’oncologue.
Combien de temps faut-il pour voir les effets des traitements ?
Les lubrifiants soulagent immédiatement. Les hydratants vaginaux nécessitent 2 à 4 semaines d’utilisation régulière. Les œstrogènes locaux montrent leurs premiers effets après 4 à 8 semaines, avec une amélioration maximale à 3-6 mois.
Peut-on arrêter le traitement une fois les symptômes améliorés ?
Le SGM est une condition chronique liée à la carence hormonale définitive post-ménopause. L’arrêt du traitement entraîne généralement une récidive des symptômes. La plupart des traitements sont donc à poursuivre au long cours.
📚 Dossier thématique
Cet article fait partie de : Symptomes Menopause
Gynécologue obstétricienne spécialisée en ménopause et santé hormonale féminine. Auteure de plus de 80 articles médicaux sur les troubles liés à la ménopause, basée sur les recommandations HAS, CNGOF et ESHRE.

