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La maca andine (Lepidium meyenii) est l’une des plantes adaptogènes les plus discutées dans le cadre des troubles de la ménopause. Cultivée depuis des siècles sur les hauts plateaux péruviens, elle est aujourd’hui largement commercialisée en poudre ou en gélules, avec des promesses parfois ambitieuses : réduction des bouffées de chaleur, regain de libido, amélioration de l’humeur, soutien hormonal. Que disent réellement les études cliniques ? La revue Cochrane, l’Office of Dietary Supplements du NIH, ainsi que l’EFSA en Europe appellent à la prudence : les essais existent mais leur qualité méthodologique reste souvent faible, et aucune allégation thérapeutique n’est autorisée pour les compléments alimentaires à base de maca. Tour d’horizon honnête de ce que l’on sait, de ce que l’on ignore, et des précautions indispensables.
Une racine andine, trois variétés principales
La maca est une racine de la famille des Brassicacées, cousine du radis et du chou, cultivée à plus de 4 000 mètres d’altitude dans la cordillère des Andes, principalement dans la région péruvienne de Junín. On distingue trois variétés selon la couleur de la racine : la maca jaune, la plus courante, représentant l’essentiel du marché mondial ; la maca rouge, plus souvent étudiée pour la santé osseuse et la prostate masculine ; la maca noire, plus rare, parfois associée à des effets sur la libido masculine et la cognition. Sa composition inclut glucosinolates spécifiques (les macamides et macaénes), stérols, alcaloïdes en faible quantité, ainsi qu’un profil intéressant en acides aminés et minéraux.
Contrairement aux phytoœstrogènes du soja ou du trèfle rouge, la maca ne contient pas d’isoflavones et n’agirait pas directement sur les récepteurs aux œstrogènes humains. Son mode d’action présumé est qualifié d’adaptogène : elle modulerait l’axe hypothalamo-hypophysaire et le métabolisme hormonal de façon indirecte, sans effet hormonal direct mesurable dans les études les plus rigoureuses. Cette hypothèse demeure néanmoins partiellement spéculative et n’est pas démontrée chez l’humain de manière concluante à l’heure actuelle.
État des études cliniques sur les symptômes climatériques
Plusieurs petits essais randomisés ont été menés depuis le début des années 2000, principalement par l’équipe australienne de Meissner et par des chercheurs péruviens. Ces études, portant généralement sur 20 à 100 femmes ménopausées et préménopausées, ont rapporté des effets sur les bouffées de chaleur, l’humeur, l’anxiété et parfois la libido, à des dosages de 1,5 à 3,5 g par jour pendant 6 à 12 semaines. Quelques signaux positifs ont été observés sur les échelles MENQOL ou Greene Climacteric Scale, avec des différences moyennes modestes par rapport au placebo.
Toutefois, la revue systématique publiée dans Maturitas (Lee et coll., 2011), reprise dans plusieurs synthèses ultérieures, a conclu que les preuves disponibles étaient insuffisantes pour recommander la maca comme traitement des symptômes climatériques. Les raisons invoquées sont récurrentes : petite taille des échantillons (souvent moins de 50 femmes par groupe), risque de biais méthodologiques (financement par des industriels, absence d’aveugle solide), hétérogénéité des extraits utilisés (variété, dosage, mode d’extraction), et durées de suivi limitées. Le NIH Office of Dietary Supplements et la Cochrane Library rejoignent ce constat : les résultats sont prometteurs mais préliminaires, et ne permettent pas de conclure à une efficacité validée.
Pour mémoire, dans le paysage thérapeutique français de la ménopause, le THM (HAS 2025) demeure la référence avec une réduction de 75 à 85 % des bouffées de chaleur chez les patientes éligibles, et la commercialisation depuis avril 2025 du fézolinétant (Veoza 45 mg), antagoniste sélectif des récepteurs NK3, offre une alternative non hormonale validée par AMM européenne, sous surveillance hépatique stricte. La maca se positionne donc dans le champ des compléments alimentaires d’usage traditionnel, sans aucune allégation thérapeutique autorisée par l’EFSA.
Cadre réglementaire et allégations interdites
Il est essentiel de rappeler que la maca, commercialisée en France et en Europe sous statut de complément alimentaire, ne peut faire l’objet d’aucune allégation de traitement, de guérison ou de prévention de maladie. L’EFSA a refusé toutes les demandes d’allégation santé spécifiques portant sur les symptômes de la ménopause, faute de preuves scientifiques convaincantes. Toute mention « pour soulager les bouffées », « régule les hormones », « substitut au THM », sur l’emballage ou dans la communication commerciale, relève de la promesse thérapeutique illicite et est sanctionnable par la DGCCRF.
Dans la pratique quotidienne, cela signifie que la maca peut être consommée comme aliment traditionnel andin (équivalent culturel d’un superaliment), mais ne doit jamais être présentée comme un traitement. La distinction est fondamentale en contexte médical : une femme symptomatique doit savoir qu’elle utilise un produit dont l’efficacité reste à démontrer, et non un médicament éprouvé.
Formes, dosages, qualité du produit
La maca se présente sous plusieurs formes : poudre brute (à incorporer dans des boissons végétales, yaourts, smoothies), poudre gélatinisée (cuite à la vapeur pour améliorer la digestibilité et concentrer les actifs en réduisant l’amidon), gélules standardisées et extraits concentrés. La gélatinisation est souvent recommandée pour réduire les troubles digestifs (ballonnements, flatulences) liés aux composés soufrés crus présents dans la racine fraîche.
Les dosages utilisés dans les essais cliniques vont généralement de 1,5 à 3 g par jour, parfois jusqu’à 3,5 g sur des durées courtes. Au-delà de cette plage, les données de sécurité humaines sont quasi inexistantes. Les cures durent typiquement 8 à 12 semaines, avec des fenêtres de pause recommandées par certains praticiens (souvent une semaine sur quatre) sans réel fondement scientifique solide. Il est essentiel de privilégier des produits issus du Pérou avec traçabilité (région de Junín en priorité), certification biologique, et analyse documentée des métaux lourds : certaines racines peuvent en effet accumuler plomb ou cadmium selon les sols volcaniques d’altitude. Méfiance également vis-à-vis des produits vendus en très haute concentration via des canaux non régulés (réseaux sociaux, marketplaces étrangères).
Précautions, contre-indications, interactions
Bien que la maca soit consommée traditionnellement comme aliment et globalement bien tolérée aux doses usuelles, plusieurs précautions s’imposent en contexte ménopausique. Certaines études in vitro et chez l’animal suggèrent que la maca rouge pourrait exercer des effets œstrogen-like faibles, sans confirmation chez la femme. Par principe de précaution, son usage est déconseillé en cas d’antécédent personnel ou familial fort de cancer hormono-dépendant (sein, utérus, ovaires), ainsi qu’en cas d’endométriose active ou de fibromes utérins volumineux évolutifs.
Les contre-indications relatives incluent également : pathologies thyroïdiennes en raison des glucosinolates pouvant interférer avec la fonction thyroïdienne en cas de carence iodée associée, hypertension non contrôlée, troubles bipolaires (effet stimulant possible). Les interactions médicamenteuses à signaler concernent : THM en cours (réévaluation médicale obligatoire), anticoagulants (effet sur l’agrégation plaquettaire mal documenté), antihypertenseurs, traitements thyroïdiens (lévothyroxine), et anxiolytiques. Les effets indésirables rapportés sont rares mais réels : troubles digestifs légers, insomnie si prise en soirée, maux de tête, palpitations transitoires, modifications du cycle en péri-ménopause.
Comme pour toute supplémentation, l’absence d’effet majeur n’équivaut pas à une innocuité totale, et la transparence avec le médecin traitant ou le gynécologue reste indispensable. Tout signe d’alerte (saignement post-ménopausique, douleur thoracique, modification rapide d’un fibrome, ictère, idées noires) impose l’arrêt et une consultation rapide.
Place réaliste dans la stratégie globale
La maca peut être envisagée comme une option d’appoint chez les femmes présentant des symptômes ménopausiques légers à modérés et souhaitant éviter le THM, à condition d’accepter explicitement que les preuves d’efficacité demeurent modestes et que la réponse individuelle est très variable. Elle ne remplace en aucun cas un traitement hormonal lorsque celui-ci est indiqué selon les critères HAS 2025 (troubles climatériques altérant la qualité de vie, prévention de l’ostéoporose chez la femme à risque avec intolérance aux bisphosphonates, ménopause précoce/IOP). Elle ne dispense pas non plus de la prise en charge globale recommandée par l’Inserm et le CNGOF : activité physique en charge (150 min/semaine d’aérobie + 2 séances de renforcement), alimentation méditerranéenne, sevrage tabagique, modération de l’alcool, contrôle du poids, vitamine D selon les recommandations du GRIO.
Un essai personnel de 8 à 12 semaines, avec un produit de qualité tracée et à dose adaptée (1,5 à 3 g/j), permet d’évaluer la tolérance et la réponse subjective. En l’absence d’amélioration cliniquement perceptible à 12 semaines, prolonger n’a pas de justification scientifique et la stratégie doit être reconsidérée avec le professionnel de santé. Les femmes ménopausées doivent garder en tête que les approches non pharmacologiques à efficacité démontrée par l’Inserm et la NAMS 2022 (hypnose, TCC, activité physique régulière) ont aujourd’hui un niveau de preuve supérieur à celui de la maca.
Idées reçues fréquentes sur la maca
Plusieurs idées reçues circulent abondamment sur la maca, particulièrement dans la sphère du bien-être féminin et des compléments alimentaires. Une mise au point factuelle s’impose.
« La maca est une alternative naturelle au THM, sans aucun risque hormonal. » Faux. La maca ne contient pas d’isoflavones ni de phytoœstrogènes au sens strict, mais des études in vitro sur la maca rouge suggèrent une activité œstrogen-like faible. Surtout, la maca ne corrige pas une carence œstrogénique : elle ne peut donc pas remplacer un THM, ni protéger l’os ou prévenir l’ostéoporose post-ménopausique. La précaution oncologique reste de mise en cas d’antécédent de cancer hormono-dépendant.
« La maca rééquilibre les hormones et régule le cycle. » Inexact. Aucune étude rigoureuse n’a démontré que la maca modifie les taux d’œstradiol, de FSH, de LH ou de progestérone chez la femme. L’effet adaptogène allégué reste hypothétique et probablement modeste.
« Plus la dose est élevée, plus l’effet est marqué. » Aucune relation dose-effet linéaire n’a été démontrée. Au-delà de 3-3,5 g/jour, les données de sécurité humaines manquent et le risque d’effets indésirables augmente sans bénéfice prouvé.
« La maca noire est meilleure que la jaune pour la ménopause. » Les variétés ont été étudiées sur des indications différentes (libido, mémoire, prostate, ostéoporose), avec des effectifs très limités. Aucune comparaison rigoureuse ne permet de conclure à la supériorité d’une variété sur les symptômes ménopausiques.
« La maca est totalement sûre car c’est un aliment traditionnel péruvien. » L’usage alimentaire traditionnel andin (sous forme cuite, en soupes, bouillies, fermentée) diffère sensiblement de la consommation occidentale en gélules concentrées sur des durées prolongées. La sécurité à long terme de cette dernière forme n’est pas documentée.
Comment choisir un produit fiable en pharmacie ou en herboristerie
Le marché européen de la maca s’est considérablement développé depuis 2010, avec une forte hétérogénéité de qualité entre les références. Plusieurs critères concrets permettent de sélectionner un produit cohérent. La traçabilité d’origine est le premier : privilégier les produits indiquant clairement la région de culture péruvienne (Junín en priorité, parfois Pasco ou Huánuco), avec un certificat d’origine. Les labels « Agriculture biologique » UE ou USDA Organic garantissent l’absence de pesticides de synthèse mais ne préjugent pas de la qualité bactériologique. Une analyse documentée des métaux lourds (plomb, cadmium, arsenic, mercure) devrait être disponible sur demande auprès du fournisseur — les sols volcaniques d’altitude andins concentrent naturellement certains métaux, qui peuvent s’accumuler dans la racine. L’analyse microbiologique (absence de salmonelles, dénombrement germinal conforme à la pharmacopée européenne) est également un critère de sérieux.
Vérifier la concentration réelle en extrait de maca par gélule ou par dose : éviter les produits associant maca + multiples extraits où la dose effective est noyée dans un cocktail mal défini. Préférer les références mono-ingrédient ou avec dosage clairement spécifié. La forme gélatinisée est généralement mieux tolérée digestivement. Le prix indicatif raisonnable pour 60 gélules de 500 mg de poudre gélatinisée bio se situe entre 15 et 30 euros en pharmacie ou parapharmacie française ; au-delà, il convient de questionner la valeur ajoutée. À l’inverse, des prix anormalement bas (< 8 euros) sur marketplaces étrangères doivent inciter à la méfiance (poudre coupée, conditionnement non conforme). L'achat en pharmacie d’officine, en herboristerie certifiée ou via des distributeurs spécialisés disposant d’une véritable expertise pharmaceutique reste la voie la plus sécurisée.
Maca vs autres options : repères comparatifs
Pour mettre la maca en perspective, voici les ordres de grandeur d’efficacité documentés sur les bouffées vasomotrices, du plus solide au moins solide niveau de preuve :
- THM (estradiol transdermique + progestérone micronisée) : réduction de 75 à 85 % de la fréquence et de l’intensité des bouffées, niveau de preuve élevé (méta-analyses, RCT, suivi WHI 20 ans). Reste le traitement de référence selon HAS 2025 pour les patientes éligibles.
- Fézolinétant 45 mg/j (Veoza) : réduction significative de la fréquence et de la sévérité des bouffées modérées à sévères, essais SKYLIGHT 1/2/4, AMM européenne 2023, commercialisé en France depuis avril 2025. Surveillance hépatique mensuelle obligatoire les 3 premiers mois.
- Antidépresseurs ISRS/SNRI hors AMM : paroxétine 7,5–20 mg (NNT 6–9), venlafaxine 37,5–150 mg (NNT 4–5), escitalopram 10–20 mg.
- Gabapentine 600–2 400 mg/j : efficacité documentée sur les bouffées nocturnes, NNT ≈ 8.
- Hypnose et TCC : niveau de preuve modéré à bon, efficacité démontrée sur BVM et qualité de vie (Inserm 2023).
- Isoflavones de soja : niveau de preuve modéré (méta-analyse Cochrane Lethaby 2013), différence moyenne d’environ -1,3 BVM/jour vs placebo, hétérogénéité importante.
- Acupuncture : effet modeste, faible à modéré, débat persistant sur l’effet spécifique vs placebo.
- Maca andine : signaux préliminaires, preuves insuffisantes pour recommandation formelle (revue Cochrane, NIH ODS, Maturitas).
- Igname sauvage (wild yam) : aucune preuve d’efficacité chez l’humain (la diosgénine ne se convertit pas en progestérone in vivo).
La maca se positionne donc clairement dans la catégorie des compléments à preuve faible, sans que cela disqualifie un essai personnel raisonnable chez des femmes éligibles. L’ordre de priorité reste : THM ou alternative médicamenteuse validée si les symptômes altèrent significativement la qualité de vie ; approches non pharmacologiques validées (hypnose, TCC, activité physique) en complément ou en première intention chez les femmes refusant le médicament ; phytothérapie et adaptogènes en dernier ressort, sous réserve d’absence de contre-indication oncologique.
Conclusion
La maca andine n’est ni une plante miracle ni une supercherie : c’est un complément alimentaire d’usage traditionnel, potentiellement intéressant en appoint, dont l’efficacité réelle sur les symptômes ménopausiques reste à confirmer par des essais cliniques de meilleure qualité. La précaution s’impose particulièrement en cas d’antécédent ou de risque familial de cancer hormono-dépendant, et l’EFSA n’autorise aucune allégation thérapeutique. Avant toute supplémentation, un échange avec un médecin ou un pharmacien permet d’éviter les interactions, d’orienter le choix vers un produit fiable et d’inscrire la démarche dans une stratégie globale cohérente. La modestie scientifique reste, ici comme ailleurs, la meilleure boussole. Cet article est fourni à titre informatif et ne se substitue pas à une consultation médicale personnalisée.
Sources
[^1^] Lee MS, Shin BC, Yang EJ, Lim HJ, Ernst E. Maca (Lepidium meyenii) for treatment of menopausal symptoms: A systematic review. Maturitas. 2011;70(3):227-233.
[^2^] NIH – Office of Dietary Supplements. Maca: Fact Sheet for Health Professionals.
[^3^] EFSA – Scientific opinion on the substantiation of health claims related to Lepidium meyenii Walpers.
[^4^] HAS – Réévaluation des spécialités du THM, 14 octobre 2025.
[^5^] Inserm – Dossier Ménopause, mise à jour 18/09/2023.
[^6^] CNGOF-GEMVi – RPC « Les femmes ménopausées », 2021.
[^7^] ANSM – Recommandations relatives aux compléments alimentaires.
[^8^] GRIO – Position 2025 sur la supplémentation en vitamine D.
[^9^] Mission parlementaire Stéphanie Rist – « La ménopause en France : 25 propositions », avril 2025.
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