Gattilier (Vitex agnus-castus) et ménopause : que sait-on vraiment ?

Gattilier menopause - vitex agnus castus

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Le gattilier (Vitex agnus-castus) figure parmi les plantes les plus vendues en France pour accompagner les troubles hormonaux féminins. À l’heure de la ménopause, nombreuses sont les femmes qui se tournent vers cette baie séchée, souvent présentée comme un régulateur naturel. Mais que disent réellement les études ? Quelles sont les limites connues et les précautions à prendre ? Cet article fait le point, dans le cadre de notre dossier complet sur les médecines douces à la ménopause.

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Guide complet de la ménopause
Médecines douces & Bien-être

⚠️ Cet article est à titre informatif uniquement. Consultez votre médecin ou gynécologue avant toute prise de complément alimentaire ou de phytothérapie, en particulier à la ménopause.

Qu’est-ce que le gattilier ?

Le gattilier (Vitex agnus-castus L.) est un arbuste méditerranéen de la famille des Lamiacées, connu depuis l’Antiquité pour ses vertus présumées sur la sphère reproductive féminine. Ses baies séchées — d’un brun-violet intense, ressemblant au poivre — constituent la partie active sur le plan pharmacologique.

En France, la plante est inscrite à la Pharmacopée française sous la monographie « Agnus castus / gattilier ». Elle peut être utilisée sous différentes formes galéniques : teinture mère, extrait sec standardisé en gélules, tisane, ou encore sirop. Elle est couramment vendue en pharmacie et en parapharmacie, souvent sans ordonnance.

Historiquement, le gattilier était utilisé dans les monastères médiévaux pour réduire la libido des moines — d’où son surnom anglais chaste tree. C’est précisément cet effet sur l’axe hormonal qui est aujourd’hui étudié à des fins thérapeutiques, notamment pour les troubles du cycle menstruel, le syndrome prémenstruel (SPM) et, plus récemment, les symptômes de la ménopause.

Ce que dit la science

La position de l’EMA et de l’ANSM

L’Agence européenne des médicaments (EMA), via son Comité des médicaments à base de plantes (HMPC), a adopté une monographie officielle sur le gattilier (Agni casti fructus). Cette monographie classe le gattilier comme médicament traditionnel à base de plantes pour deux indications reconnues :

  • Le syndrome prémenstruel (SPM), notamment la mastodynie (douleurs mammaires) ;
  • Les troubles du cycle menstruel liés à une insuffisance du corps jaune ou une hyperprolactinémie fonctionnelle.

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) encadre quant à elle la qualité des préparations à base de gattilier commercialisées en France, en définissant des spécifications de titre (teneur minimale en aucubine, pertes à la dessiccation, cendres totales). Elle s’appuie sur les données de pharmacovigilance européenne pour le suivi de sécurité.

Point essentiel : ni l’EMA ni l’ANSM ne reconnaissent à ce jour une indication officielle du gattilier dans la ménopause. Les données existantes sont jugées insuffisantes pour fonder une recommandation formelle. La Haute Autorité de Santé (HAS) ne dispose pas non plus de recommandation clinique spécifique à ce sujet.

Les études cliniques disponibles

Malgré l’absence de recommandation institutionnelle pour la ménopause, plusieurs essais cliniques et revues de littérature méritent d’être mentionnés.

Un essai randomisé en double aveugle, mené en Iran et portant sur 52 femmes ménopausées sur une durée de 8 semaines, a comparé un extrait de Vitex agnus-castus à un placebo. Les résultats, évalués à l’aide de l’échelle de Greene (outil validé pour les symptômes climatériques), montrent une réduction statistiquement significative :

  • du score global de symptômes ménopausiques ;
  • des troubles vasomoteurs (bouffées de chaleur, sueurs nocturnes) ;
  • de l’anxiété.

En revanche, aucune différence significative n’a été observée sur la dépression, les symptômes somatiques (fatigue, douleurs articulaires) ou la fonction sexuelle.

Une revue narrative publiée en 2026 dans le Journal of Advances in Medicine and Medical Research synthétise l’ensemble des données précliniques et cliniques disponibles. Elle conclut que les extraits de Vitex semblent « globalement sûrs, efficaces et bien tolérés », mais insiste sur la nécessité d’essais complémentaires avec de plus grands effectifs, des durées de suivi plus longues, et des critères d’évaluation standardisés.

En résumé : des signaux positifs existent, mais le niveau de preuve reste modeste. On ne peut pas parler d’efficacité démontrée au sens des critères méthodologiques habituels (RCT multicentriques de grande taille, durée > 3 mois, critères primaires prédéfinis).

Mécanisme d’action à la ménopause

Comprendre pourquoi le gattilier pourrait agir sur certains symptômes climatériques nécessite de se pencher sur sa pharmacologie. Plusieurs mécanismes ont été identifiés in vitro et en modèles animaux :

Action dopaminergique et inhibition de la prolactine

Le mécanisme le mieux documenté est une stimulation des récepteurs dopaminergiques D2 de l’hypophyse antérieure. Des diterpènes spécifiques du gattilier (notamment la rotundifurane et la vitexilactone) se lient à ces récepteurs, inhibant ainsi la sécrétion de prolactine par les cellules lactotrophes.

Cette action sur la prolactine, qui explique l’efficacité reconnue du gattilier dans la mastodynie et le SPM, constitue également la base pharmacologique de son intérêt potentiel dans la péri-ménopause : une prolactine normalisée peut améliorer la qualité de la phase lutéale résiduelle et favoriser indirectement un meilleur rapport progestérone/œstrogènes.

Action sur les récepteurs aux œstrogènes

Des études in vitro ont montré que certains composants du gattilier se lient aux récepteurs β aux œstrogènes (ERβ), avec un faible effet agoniste. Cet effet phytoestrogénique modeste pourrait s’exprimer davantage dans un environnement hypo-estrogénique, comme c’est le cas à la ménopause. Il reste cependant nettement moins documenté que l’action dopaminergique, et son importance clinique n’est pas établie.

Voies opioïdergiques et sérotoninergiques

Des données préliminaires suggèrent également une interaction avec les récepteurs opioïdes μ et des voies sérotoninergiques indirectes, susceptibles d’influencer la perception de la chaleur et l’humeur. Ces pistes restent exploratoires et ne permettent pas à ce stade de conclusions cliniques.

En pratique, le schéma le plus cohérent à retenir est : stimulation dopaminergique D2 → inhibition de la prolactine → amélioration du ratio progestérone/œstrogènes → réduction possible de certains symptômes vasomoteurs et anxieux. Ce mécanisme est plausible, mais il ne remplace pas une démonstration clinique robuste.

Posologie et formes recommandées

Les posologies utilisées dans les études cliniques et les monographies de référence varient selon la forme galénique :

  • Extrait sec standardisé (forme la plus étudiée) : 20 à 40 mg par jour d’extrait de fruits de gattilier, en une prise le matin, de préférence à jeun. C’est la forme utilisée dans la majorité des essais cliniques sur le SPM et dans l’essai sur la ménopause mentionné ci-dessus.
  • Teinture mère : les préparations en pharmacopée française précisent des teintures titrées en aucubine, à la posologie habituelle d’environ 40 gouttes le matin dans un verre d’eau.
  • Infusion : 1 à 2 g de fruits séchés par tasse, une à deux fois par jour. Cette forme est traditionnellement utilisée mais n’a pas fait l’objet d’essais cliniques standardisés.

La durée de traitement généralement recommandée dans les études sur le SPM est de 3 mois minimum, durée au-delà de laquelle les effets semblent se stabiliser. Pour la ménopause, les données manquent sur des durées longues (au-delà de 8 semaines d’essai).

Il est recommandé de choisir des produits fabriqués par des laboratoires respectant les Bonnes Pratiques de Fabrication (BPF) et mentionnant explicitement la standardisation de l’extrait (teneur en agnuside ou aucubine). L’absence de standardisation rend les comparaisons entre produits très difficiles et peut expliquer une partie de la variabilité des résultats observés dans les études.

Effets secondaires et contre-indications

Effets indésirables rapportés

Dans les essais cliniques disponibles, les effets indésirables sont majoritairement légers et réversibles. Les plus fréquemment rapportés sont :

  • Troubles digestifs : nausées, inconfort gastrique ;
  • Céphalées, parfois vertiges en début de traitement ;
  • Manifestations cutanées : prurit, rash érythémateux, acné ;
  • Modifications du flux menstruel en début de prise (chez les femmes en péri-ménopause avec cycles encore présents) ;
  • Rarement : agitation ou troubles du sommeil.

Les données de pharmacovigilance européenne ne signalent pas d’effets indésirables graves documentés aux doses thérapeutiques habituelles. La revue de 2026 conclut à un profil de tolérance globalement favorable.

Contre-indications formelles

  • Grossesse : contre-indiqué. Le gattilier peut induire des contractions utérines et perturber l’axe hormonal de la gestation. À noter que certaines femmes en péri-ménopause peuvent encore concevoir.
  • Allaitement : déconseillé, en raison de l’action sur la prolactine.
  • Cancers hormonodépendants (sein, endomètre, ovaire) : contre-indication prudentielle. L’effet phytoestrogénique, même modeste, et l’action sur l’axe hormonal justifient d’éviter toute prise sans avis oncologique.
  • Enfants et adolescents : non recommandé (profil hormonal en développement).
  • Protocoles de FIV : à éviter, en raison des interférences possibles avec les protocoles de stimulation ovarienne.

Interactions médicamenteuses à surveiller

  • Médicaments dopaminergiques : antagonistes (antipsychotiques, métoclopramide, dompéridone) ou agonistes (lévodopa, bromocriptine). Le gattilier, en agissant sur les récepteurs D2, peut interférer avec ces traitements.
  • Contraceptifs hormonaux et traitements hormonaux de la ménopause (THM) : l’association n’est pas formellement contre-indiquée mais doit être discutée avec un médecin, en raison de possibles interférences sur la réponse hormonale globale.
  • Antidépresseurs sérotoninergiques (ISRS) : interactions théoriques via les voies sérotoninergiques, sans données cliniques solides à ce jour.

Pour qui est-il conseillé ou déconseillé ?

Profils pour lesquels le gattilier peut être discuté

Sur la base des données disponibles, le gattilier peut être envisagé — après avis médical — chez :

  • Les femmes en péri-ménopause (cycles encore présents mais irréguliers) présentant un syndrome prémenstruel marqué, une mastodynie ou des bouffées de chaleur légères à modérées ;
  • Les femmes en début de ménopause souhaitant une approche non hormonale pour des bouffées de chaleur légères à modérées et une anxiété associée, sans contre-indication connue ;
  • Les femmes chez qui un THM est contre-indiqué ou refusé, qui souhaitent explorer les options phytothérapiques en complément d’une prise en charge globale.

Profils pour lesquels le gattilier est déconseillé

Le gattilier est à éviter ou à utiliser avec une extrême prudence chez :

  • Les femmes ayant des antécédents de cancer hormonodépendant ;
  • Les femmes sous traitement antipsychotique, dopaminergique ou antiémétique (métoclopramide, dompéridone) ;
  • Les femmes désirant une grossesse (péri-ménopause tardive mais encore fertile) ;
  • Les femmes présentant des bouffées de chaleur sévères et invalidantes — dans ce cas, l’efficacité du gattilier seule est probablement insuffisante et d’autres options doivent être discutées en priorité.

Ce que pensent les professionnels de santé

La position des gynécologues et médecins généralistes français sur le gattilier à la ménopause est nuancée. Plusieurs points font consensus dans la littérature professionnelle :

  • Le gattilier n’est pas un traitement de la ménopause au sens médical du terme. Il n’agit pas sur la déplétion estrogénique en tant que telle.
  • Son rapport bénéfice/risque est globalement favorable pour des symptômes légers, sous réserve de l’absence de contre-indications.
  • Il ne doit pas être utilisé comme substitut à un bilan ménopausique complet ni à un traitement hormonal de substitution lorsque celui-ci est indiqué.
  • La qualité des produits disponibles sur le marché est très variable — les produits non standardisés ont peu de valeur thérapeutique prévisible.

Le Vidal (base de référence des médicaments en France) et la base Thériaque référencent plusieurs médicaments à base de gattilier disponibles en France (Agnus castus Weleda, BioGinkgo Agnus Castus, etc.) avec des indications centrées sur le SPM et la mastodynie, et non sur la ménopause. Cette distinction est importante sur le plan réglementaire.

Comparaison avec d’autres approches phytothérapiques

Le gattilier n’est pas la seule plante étudiée dans la ménopause. Il est utile de le replacer dans le contexte des alternatives les plus documentées :

  • Actée à grappes noires (Cimicifuga racemosa) : davantage d’essais cliniques, niveau de preuve légèrement supérieur pour les bouffées de chaleur modérées. La monographie EMA est plus étoffée. Contre-indication similaire pour les cancers hormonodépendants.
  • Isoflavones de soja : phytoestrogènes dont l’efficacité est modeste et variable selon le profil génétique (métabolisation de l’équol). Mieux étudiées sur le long terme, mais profil de sécurité débattu pour les cancers hormonodépendants.
  • Sauge officinale : traditionnellement utilisée pour les bouffées de chaleur, données cliniques très limitées.
  • Houblon, valériane : action davantage orientée sur les troubles du sommeil associés à la ménopause.

Le gattilier occupe une place spécifique dans ce paysage : il est particulièrement pertinent en péri-ménopause, lorsque l’axe hormonal est encore actif mais perturbé (insuffisance lutéale, hyperprolactinémie fonctionnelle, SPM aggravé), plutôt qu’en post-ménopause avancée.

Questions fréquentes

Le gattilier peut-il être pris avec un traitement hormonal de la ménopause ?

Il n’existe pas de contre-indication formelle documentée entre le gattilier et le THM, mais l’association n’a pas été étudiée dans des essais cliniques rigoureux. L’avis de votre médecin ou gynécologue est indispensable avant toute association.

Combien de temps faut-il pour ressentir des effets ?

Dans les études sur le SPM, les effets s’observent généralement après 4 à 8 semaines de prise régulière. Pour la ménopause, les données sont limitées à des essais de 8 semaines. Un délai de 6 à 12 semaines est raisonnable avant d’évaluer l’efficacité.

Le gattilier est-il remboursé par la Sécurité sociale ?

Non. Les médicaments traditionnels à base de plantes ne sont pas remboursés par l’Assurance maladie en France. Le gattilier est commercialisé sous statut de médicament de phytothérapie ou de complément alimentaire selon les produits, sans prise en charge.

Existe-t-il des risques en cas de surdosage ?

Les données sur le surdosage sont limitées. Aux doses supérieures aux posologies recommandées, le risque principal est d’effets indésirables amplifiés (troubles digestifs, céphalées, modifications hormonales). En cas d’ingestion accidentelle importante, contactez le Centre antipoison de votre région.

Ce qu’il faut retenir

  • Le gattilier (Vitex agnus-castus) est une plante médicinale reconnue par l’EMA pour le SPM et la mastodynie, mais sans indication officielle dans la ménopause.
  • Des études préliminaires montrent un effet modeste sur les bouffées de chaleur légères à modérées et l’anxiété ménopausique, mais le niveau de preuve reste insuffisant pour des recommandations formelles.
  • Son mécanisme principal est une action dopaminergique D2 entraînant une réduction de la prolactine — pertinent surtout en péri-ménopause.
  • Le profil de tolérance est globalement favorable aux doses recommandées, mais des contre-indications importantes existent (grossesse, cancers hormonodépendants, médicaments dopaminergiques).
  • Il ne remplace pas un bilan médical ni un traitement hormonal lorsque celui-ci est indiqué. Il peut être discuté avec un professionnel de santé pour des symptômes légers, dans une démarche complémentaire.

Sources et références : monographie EMA HMPC sur Agni casti fructus (2017, mise à jour 2022) ; ANSM, Pharmacopée française XIe édition ; Greene JG, « A factor analytic study of climacteric symptoms », Br J Obstet Gynaecol, 1976 ; Rätsch C, Encyclopédie des plantes psychoactives, AT Verlag, 2005 ; Revue narrative J Adv Med Med Res, 2026 ; essai randomisé contrôlé sur 52 femmes ménopausées (2022, Iran) ; Vidal.fr, fiches médicament gattilier (consultation 2026).

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