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L’huile d’onagre figure parmi les compléments alimentaires les plus vendus aux femmes en période de ménopause. Mais que disent réellement les études cliniques sur son efficacité ? Avant de vous lancer dans une cure, voici ce que la médecine fondée sur les preuves nous enseigne — et ce qu’elle ne peut pas encore confirmer. Retrouvez également nos autres analyses dans notre dossier complet sur les médecines douces et ménopause.
⚠️ Cet article est à titre informatif uniquement. Consultez votre médecin ou gynécologue avant toute prise de complément alimentaire, en particulier si vous suivez un traitement médicamenteux ou si vous avez des antécédents de santé particuliers.
Qu’est-ce que l’huile d’onagre ?
L’huile d’onagre est extraite par pression à froid des graines de l’Oenothera biennis, une plante originaire d’Amérique du Nord naturalisée en Europe. Sa particularité réside dans sa composition lipidique : elle renferme entre 60 et 80 % d’acide linoléique (oméga-6) et surtout 8 à 14 % d’acide gamma-linolénique, communément désigné par son acronyme GLA.
C’est ce GLA qui concentre l’intérêt scientifique. Contrairement aux oméga-3 que l’on trouve dans les huiles de poisson, le GLA appartient à la famille des oméga-6, mais il se distingue par sa capacité à générer des prostaglandines de série 1 — des médiateurs lipidiques dotés de propriétés modulatrices sur l’inflammation et la régulation vasomotrice. C’est sur cette base biochimique que repose l’hypothèse d’un bénéfice potentiel à la ménopause.
Disponible sous forme de capsules molles ou de gélules à la dose standardisée, l’huile d’onagre est classée en France comme complément alimentaire. Elle ne bénéficie pas d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) en tant que médicament pour les symptômes ménopausiques, ce qui a des implications directes sur le niveau de preuve exigé pour sa mise en vente.
Ce que dit la science : études, EMA, ANSM, HAS
Les études cliniques disponibles
La littérature médicale sur l’huile d’onagre et la ménopause reste modeste en volume et inégale en qualité. Une méta-analyse portant sur cinq essais randomisés contrôlés (402 femmes au total, publiée en 2020) a conclu que l’huile d’onagre ne réduit ni la fréquence ni la sévérité des bouffées de chaleur de façon statistiquement significative par rapport au placebo.
Une revue systématique plus récente, parue dans le Journal of Menopausal Medicine en 2024 et indexée sur PubMed (PMID 39829189), nuance légèrement ce tableau : les auteurs observent qu’à moins de six mois de traitement, l’huile d’onagre pourrait diminuer la sévérité perçue des bouffées de chaleur, sans toutefois agir sur leur fréquence ni leur durée. La taille d’effet mesurée reste faible (coefficient de Cohen d ≈ 0,13), considérée comme cliniquement non pertinente.
Un essai randomisé en double aveugle conduit sur 170 femmes post-ménopausées (2 grammes d’huile d’onagre par jour pendant 8 semaines) apporte un résultat plus notable sur un point précis : la fréquence et la sévérité des sueurs nocturnes ont diminué de façon significative dans le groupe traitement par rapport au groupe placebo, même si les bouffées de chaleur diurnes n’ont pas été significativement améliorées.
Par ailleurs, un essai randomisé iranien publié dans la revue Menopause (2020, n = 189) à la dose de 1 000 mg par jour sur 8 semaines a mis en évidence une amélioration significative des symptômes psychologiques de la ménopause — anxiété, irritabilité, troubles de l’humeur — dans le groupe huile d’onagre versus placebo. Ces résultats sont méthodologiquement solides, mais la durée de l’étude reste courte et la population géographiquement homogène.
Position de l’EMA
L’Agence européenne du médicament (EMA) reconnaît un usage traditionnel de l’huile d’onagre dans le soulagement des démangeaisons et de la sécheresse cutanée. Elle ne valide pas d’indication thérapeutique reconnue pour les symptômes vasomoteurs de la ménopause faute de preuves suffisantes. L’EMA ne recense pas de toxicité documentée grave aux doses usuelles.
Position de l’ANSM
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ne dispose pas de monographie d’AMM médicament pour l’huile d’onagre en tant que traitement des symptômes ménopausiques. Les produits commercialisés en France relèvent du cadre réglementaire des compléments alimentaires, soumis à des exigences de preuve moins strictes que les médicaments. L’ANSM rappelle par ailleurs les précautions d’usage, notamment les interactions médicamenteuses et les contre-indications absolues détaillées ci-dessous.
Position de la HAS
La Haute Autorité de Santé (HAS) ne recommande pas l’huile d’onagre comme traitement de première intention de la ménopause. Le traitement hormonal de la ménopause (THM) reste la référence validée pour les bouffées de chaleur intenses et la prévention osseuse. Les alternatives phytothérapeutiques, dont l’huile d’onagre, peuvent être évoquées dans le cadre d’une discussion partagée entre la patiente et son médecin, mais sans niveau de preuve comparable.
Mécanisme d’action à la ménopause
La chute des estrogènes à la ménopause entraîne une dérégulation du système thermorégulateur hypothalamique, des modifications vasomotrices et une accentuation des réponses inflammatoires de bas grade. C’est dans ce contexte que le GLA de l’huile d’onagre est supposé agir, selon plusieurs voies.
Modulation des prostaglandines
Le GLA est converti dans l’organisme en dihomo-gamma-linolénique (DGLA), précurseur des prostaglandines de série 1 (PGE1). Ces médiateurs exercent des effets vasodilatateurs, anti-agrégants et anti-inflammatoires. Il est hypothétisé que l’augmentation de PGE1 circulante pourrait contribuer à atténuer les fluctuations vasomotrices à l’origine des bouffées de chaleur.
Absence d’effet phyto-estrogénique direct
Contrairement au soja, au trèfle rouge ou à la cimicifuga, l’huile d’onagre n’est pas un phyto-estrogène. Elle ne se fixe pas directement sur les récepteurs aux estrogènes alpha ou bêta. Son action est indirecte, via la biochimie des acides gras, ce qui explique en partie des effets moins marqués que certains extraits de plantes sur les symptômes estrogéno-dépendants.
Effet sur la membrane cellulaire et la peau
Les acides gras essentiels contenus dans l’huile d’onagre participent à l’intégrité des membranes cellulaires et à la synthèse du film hydrolipidique cutané. La sécheresse cutanée, fréquente après la ménopause sous l’effet de la carence estrogénique, pourrait être atténuée par un apport régulier en GLA — c’est d’ailleurs sur ce point que l’EMA accorde un usage traditionnel reconnu à l’huile d’onagre.
Posologie et formes recommandées
Les études cliniques ayant obtenu des résultats positifs ont utilisé des doses comprises entre 1 000 et 2 000 mg d’huile d’onagre par jour, soit l’équivalent de 80 à 280 mg de GLA selon la concentration du produit. Il n’existe pas de posologie officielle validée par une autorité de santé française pour cet usage.
Formes disponibles
- Capsules molles d’huile pressée à froid : forme la plus courante, dosées entre 500 et 1 000 mg par capsule. Préférer les produits certifiés bio et dont la teneur en GLA est mentionnée sur l’étiquette (minimum 8 %).
- Formulations standardisées en GLA : certains compléments indiquent directement le titre en GLA plutôt que la quantité totale d’huile, ce qui permet une comparaison plus fiable entre produits.
- Huile liquide : moins stable à l’oxydation que les capsules, à consommer rapidement après ouverture et à conserver au réfrigérateur.
Durée de la cure
Les essais cliniques ont porté sur des durées de 6 à 12 semaines. Un effet éventuel ne s’observe généralement pas avant 4 à 6 semaines de prise régulière. Au-delà de 3 mois de cure, l’avis de votre médecin est recommandé pour réévaluer l’intérêt de la poursuite.
Moment de prise
La prise au cours d’un repas contenant des graisses améliore l’absorption des acides gras de l’huile d’onagre. Diviser la dose journalière en deux prises (matin et soir) limite les effets digestifs indésirables chez les femmes les plus sensibles.
Effets secondaires et contre-indications
Effets secondaires fréquents
L’huile d’onagre est globalement bien tolérée aux doses usuelles. Les effets secondaires signalés dans les études et les pharmacovigilances sont majoritairement bénins et dose-dépendants :
- Troubles digestifs : nausées, ballonnements, douleurs abdominales, selles molles ou diarrhée
- Céphalées légères en début de cure
- Réactions cutanées d’hypersensibilité (rares)
Ces effets disparaissent généralement à la réduction de la dose ou à l’arrêt du complément.
Contre-indications absolues ou relatives
- Épilepsie : l’huile d’onagre est contre-indiquée chez les patientes épileptiques. Les acides gras oméga-6 à haute dose sont susceptibles d’abaisser le seuil convulsif. Cette contre-indication est consensuelle dans la littérature pharmaceutique.
- Traitement par phénothiazines (antipsychotiques) : le risque de convulsions est majoré par l’association avec les neuroleptiques de cette famille.
- Anticoagulants et antiagrégants plaquettaires : l’huile d’onagre possède un léger effet antiagrégant. Son association avec des anticoagulants (warfarine, AVK, AOD) ou de l’aspirine à dose antiagrégante peut augmenter le risque hémorragique.
- Chirurgie programmée : l’arrêt de l’huile d’onagre est recommandé deux semaines avant toute intervention chirurgicale.
- Grossesse : déconseillée par précaution, en l’absence de données de sécurité suffisantes.
- Traitement antihypertenseur : l’huile d’onagre peut contribuer à abaisser la pression artérielle ; un suivi médical s’impose en cas d’association.
- Enfants et adolescents de moins de 12 ans : usage déconseillé.
Interactions médicamenteuses à signaler à votre médecin
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, naproxène, diclofénac)
- Antidépresseurs (interactions théoriques, prudence recommandée)
- Antirétroviraux
Pour qui est-ce conseillé, et pour qui est-ce déconseillé ?
Profils pour lesquels l’huile d’onagre peut être envisagée
- Femmes en périménopause ou post-ménopause présentant des sueurs nocturnes modérées, des troubles de l’humeur légers à modérés (anxiété, irritabilité) ou une sécheresse cutanée, sans traitement médicamenteux contre-indiquant son usage
- Femmes refusant le THM ou pour lesquelles il est contre-indiqué, à la recherche d’une option complémentaire après avis médical
- Femmes souhaitant compléter une approche hygiéno-diététique globale (activité physique, alimentation anti-inflammatoire) par un soutien en acides gras essentiels
Profils pour lesquels l’huile d’onagre est déconseillée
- Femmes épileptiques ou présentant des antécédents de convulsions
- Femmes sous anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires
- Femmes traitées par phénothiazines
- Femmes avec des bouffées de chaleur sévères et invalidantes : le THM reste, sous réserve d’absence de contre-indication, le traitement de référence le plus efficace
Gynécologue obstétricienne spécialisée en ménopause et santé hormonale féminine. Auteure de plus de 80 articles médicaux sur les troubles liés à la ménopause, basée sur les recommandations HAS, CNGOF et ESHRE.

